La transition du Bois de Rose : Comment le coup d'État de 2009 a ouvert les vannes du pillage dans le SAVA !

C’est une plaie béante dans l'histoire environnementale de Madagascar. Alors que la crise politique de 2009 portait Andry Rajoelina à la tête de la Haute Autorité de la Transition (HAT), les forêts primaires de la région SAVA (Sambava, Antalaha, Vohémar, Andapa) devenaient le théâtre d'un pillage sans précédent. En l'espace de quelques mois, le bois de rose (Dalbergia) et l'ébène, joyaux des parcs nationaux de Masoala et de Marojejy, sont passés du statut de patrimoine mondial protégé à celui de monnaie d'échange pour un régime en quête de reconnaissance et de liquidités.

L'enquête, appuyée par les rapports de l'ONG Global Witness et de l'Environmental Investigation Agency (EIA), révèle que ce chaos n'avait rien de spontané.

Le décret 2009-003 : Le "permis de piller"

Le 21 septembre 2009, le gouvernement de transition signe le décret n°2009-003. Officiellement, ce texte visait à autoriser l’exportation exceptionnelle de stocks de bois précieux « déjà coupés » ou « déracinés par les cyclones ». Officieusement, il a servi de paravent légal pour blanchir des milliers de tonnes de bois fraîchement abattus par une armée de 10 000 bûcherons informels envoyés dans les parcs nationaux.

Ce décret a permis l'exportation légale de bois dont la coupe était pourtant strictement interdite par les conventions internationales, créant une bulle spéculative dont les bénéfices se sont évaporés loin des caisses de l'État.

Les noms derrière les cargaisons

Les enquêtes internationales menées entre 2009 et 2011 ont mis en lumière une liste d'opérateurs économiques puissants, surnommés plus tard les « barons », qui ont orchestré la collecte et l'embarquement des bois précieux. Parmi les noms documentés par les inspecteurs de la CITES et les ONG figurent :

  • Jean-Pierre Laisoa : Opérateur influent basé à Antalaha.

  • Roger Thunam : Citée comme l'un des plus importants exportateurs de la région SAVA.

  • Martin Babi : Opérateur logistique clé dans le transport des grumes.

  • Arland Ramialison : Autre figure centrale du négoce de bois de rose durant cette période.

Ces opérateurs utilisaient des navires de ligne, tels que le UAFL Express ou le Tianda, pour acheminer des centaines de conteneurs vers les ports chinois de Qingdao et Huangpu, où le bois de rose malgache alimente le marché du mobilier de luxe "Hongmu".

L'implication des structures de transition

Le pillage n'aurait pu atteindre cette échelle sans la passivité, voire la complicité, de certains segments de l'administration et des forces de l'ordre. Les rapports d'enquête soulignent que des escortes militaires ont été aperçues protégeant les convois de camions reliant les forêts aux ports de Vohémar. Le bois de rose est devenu, entre 2009 et 2012, le pilier d'une économie politique de survie, où les redevances informelles permettaient de financer le fonctionnement d'un État alors sous sanctions internationales.

Un désastre irréversible

En mars 2012, le bilan est lourd : des dizaines de milliers d'hectares de forêts détruites, une menace d'extinction pesant sur des espèces de lémuriens uniques et une corruption systémique qui a gangréné l'administration forestière. Madagascar a sacrifié son patrimoine mondial pour des profits captés par une infime minorité. Le bois de rose a été le "péché originel" de la transition, instaurant une culture de l'impunité que les gouvernements successifs peineront à démanteler.