On croyait avoir tout vu avec les affaires de financement libyen ou l'affaire Karachi. Mais ce que Le Monde vient de révéler dépasse les fictions les plus sombres d’un roman d’espionnage. Nicolas Sarkozy, l'homme qui a dirigé la France de 2007 à 2012, est au cœur d'un scandale de trafic d'influence sans précédent. Son nom de code ? Paul Bismuth.
Le téléphone de la discorde
Tout commence par une perquisition de routine. Les juges, qui enquêtent alors sur les soupçons de financement de sa campagne par Mouammar Kadhafi, découvrent que l'ancien Président et son avocat historique, Thierry Herzog, communiquent via des lignes téléphoniques secrètes.
Ces lignes ont été ouvertes sous une fausse identité : celle d'un certain Paul Bismuth, un ancien camarade de lycée de Me Herzog. Pourquoi un ancien Président de la République éprouverait-il le besoin de se cacher derrière un alias pour parler à son conseil ? La réponse est dans les écoutes : pour tenter d'infiltrer la Cour de cassation.
Le "taupe" de la Cour de cassation
Les transcriptions des écoutes sont accablantes. On y entend les deux complices discuter d'un "coup de pouce" attendu de la part d'un haut magistrat, Gilbert Azibert. En échange d'informations confidentielles sur l'affaire Bettencourt (qui menace alors Sarkozy), l'ancien Président aurait promis d'aider le magistrat à obtenir un poste prestigieux à Monaco.
C’est le principe même du trafic d’influence : l’utilisation d’une stature politique pour corrompre l’indépendance de la justice. La séparation des pouvoirs, pilier de notre démocratie, vient de voler en éclats sur une ligne téléphonique occulte.
"Ils nous écoutent, ces cons"
L'arrogance de Nicolas Sarkozy transpire dans chaque échange. Persuadé d'être inattaquable, il raille les juges et les enquêteurs, tout en pensant avoir trouvé la parade avec ses téléphones "propres". Manque de chance pour lui, la justice a eu un coup d'avance.
Ce qui frappe dans cette affaire, c'est le sentiment de toute-puissance. Nicolas Sarkozy ne se comporte pas comme un justiciable ordinaire cherchant à se défendre ; il se comporte comme un parrain de clan cherchant à neutraliser une menace par la manipulation et le clientélisme.
Un précédent historique
Pour la première fois sous la Cinquième République, un ancien Président a été placé sur écoute par des juges d’instruction. Les cris d'orfraie de la droite dénonçant une "Stasi judiciaire" ne changeront rien aux faits : les enregistrements sont là.
L’affaire Paul Bismuth marque la fin de l’ère de l’impunité élyséenne. Elle nous montre un homme qui, même après avoir quitté le pouvoir, ne peut s’empêcher de tirer les fils d’un réseau qu’il a lui-même tissé. Le combat ne fait que commencer, mais l'image du "Premier Flic de France" est désormais celle d'un homme qui fuit sa propre police.