L'Autoroute du Haschich : La « Smack Track » entre la côte Makran et l'Afrique de l'Est

Depuis le milieu des années 2010, une route maritime surnommée la « Southern Route » ou « Smack Track » s'est imposée comme l'un des plus grands défis de sécurité en Océan Indien. Ce trafic part majoritairement de la côte Makran (frontière entre l'Iran et le Pakistan) pour rejoindre les côtes kenyanes, tanzaniennes et mozambicaines. Si l'héroïne est la cargaison la plus médiatisée, le trafic de haschich et de méthamphétamines par boutres (dhows) atteint des volumes records.

Le mode opératoire : Les « boutres sans pavillon »

Les réseaux criminels utilisent des boutres traditionnels, souvent sans nom ni pavillon, pour se fondre dans le trafic commercial licite. Ces navires chargent leurs cargaisons dans les ports comme Gwadar (Pakistan) ou Chabahar (Iran).

Une fois en haute mer, les trafiquants pratiquent le transbordement : la drogue est transférée vers de plus petites embarcations rapides ou des bateaux de pêche locaux à l'approche des zones économiques exclusives (ZEE) des pays de l'Afrique de l'Est. Ce système permet aux navires-mères de ne jamais entrer dans les ports, évitant ainsi les contrôles douaniers.

Les saisies de la CMF (Combined Maritime Forces)

La force multinationale Combined Task Force 150 (CTF 150), basée à Bahreïn, multiplie les interventions. En 2021 et 2022, plusieurs saisies majeures ont illustré l'ampleur du trafic :

  • En mars 2021, la frégate française Jean Bart saisissait plus de 6 tonnes de haschich.

  • En janvier 2022, le navire de la Royal Navy britannique HMS Montrose interceptait un boutre transportant pour 15 millions de dollars de drogues diverses.

Les réseaux de distribution : Le rôle des « Kingpins »

L'enquête sur ces flux maritimes pointe souvent vers des figures du crime organisé basées au Kenya et en Tanzanie. L'un des noms les plus marquants de ces dernières années est celui des frères Akasha (Baktash et Ibrahim Akasha), extradés vers les États-Unis en 2017 et condamnés en 2019. Bien que leur organisation ait été démantelée, elle a révélé l'existence de complicités au plus haut niveau des administrations portuaires de Mombasa et Zanzibar, permettant l'entrée de tonnes de stupéfiants chaque année.

Un financement pour le terrorisme ?

La préoccupation majeure des services de renseignement (comme le Joint Analysis Strategy Team) réside dans le lien entre ces trafics maritimes et le financement de groupes terroristes. Une partie des taxes perçues par les réseaux qui contrôlent la côte Makran ou les points d'arrivée en Afrique de l'Est (comme le Nord du Mozambique via les insurgés d'Al-Shabab) alimente directement des poches d'instabilité régionale.

L'Océan Indien n'est plus seulement une zone de transit commercial, c'est une artère vitale pour l'économie criminelle mondiale, où l'immensité liquide sert de rempart à l'impunité.