À peine installé dans le fauteuil présidentiel, le plus jeune chef d’État de l’histoire du Sénégal vient de poser un acte inédit : la publication de sa déclaration de patrimoine. Si la démarche se veut un gage de transparence absolue pour marquer la rupture avec l’ère Macky Sall, elle soulève déjà une tempête de commentaires dans les chaumières de Dakar.
Derrière l'image du "candidat de la banlieue" et du fonctionnaire intègre, que cache réellement le portefeuille de Bassirou Diomaye Faye ? Entre terrains agricoles, comptes bancaires et villas, l'inventaire suscite autant d'admiration que d'interrogations.
Le millionnaire "modeste" ?
Le document rendu public révèle une fortune immobilière non négligeable. On y découvre des terrains à Louga, à Sandiara, mais surtout une maison à Ndiaganiao évaluée à plusieurs dizaines de millions de francs CFA. Pour un homme qui sort tout juste des geôles de la prison de Cap Manuel, le contraste est saisissant.
Ses partisans saluent la "transparence d'un homme qui n'a rien à cacher", soulignant que ce patrimoine est le fruit d'une carrière de haut fonctionnaire aux Impôts et Domaines. Mais du côté de l'opposition et d'une partie de la société civile, on commence à grincer des dents : comment un inspecteur, aussi brillant soit-il, peut-il accumuler un tel foncier dans un pays où le salaire moyen peine à franchir la barre des 100 000 FCFA ?
L'ombre d'Ousmane Sonko
Le véritable malaise ne vient pas seulement des chiffres, mais de la comparaison inévitable avec son mentor et Premier ministre, Ousmane Sonko. Le duo, qui a promis de "nettoyer" l'État des pratiques de corruption, est désormais au pied du mur.
Si Diomaye joue la carte de la transparence totale, la question des financements du parti PASTEF durant ces dernières années reste le grand tabou. Les Sénégalais se demandent si cette publication n'est pas une opération de communication savamment orchestrée pour masquer des actifs plus complexes, ou si elle préfigure une chasse aux sorcières impitoyable contre les anciens dignitaires du régime sortant.
[Image d'une infographie comparant les salaires de la fonction publique et le patrimoine déclaré des nouveaux dirigeants sénégalais]
Une transparence à double tranchant
En publiant ses avoirs le lendemain de son investiture, Bassirou Diomaye Faye a jeté un pavé dans la mare. Il oblige désormais tous ses ministres à faire de même. Mais attention : à force de brandir l'éthique comme seul étendard, le nouveau pouvoir se prive de toute marge d'erreur.
Le peuple sénégalais, qui a payé le prix du sang pour cette alternance, n'attendra pas longtemps. Si la "rupture" se limite à des déclarations de biens sans une baisse réelle du coût de la vie et une lutte contre le népotisme, le réveil sera brutal. Pour l'instant, les chiffres parlent, mais ils ne rassurent pas tout le monde. La lune de miel pourrait être plus courte que prévu.