Assimi Goïta : La junte malienne et le mirage d'un retour à l'ordre constitutionnel !

À Bamako, le temps semble s'être figé dans une transition qui n'en finit plus. Alors que le calendrier initialement négocié avec la CEDEAO prévoyait une élection présidentielle pour février 2024, le colonel Assimi Goïta et ses cinq colonels ont balayé ces promesses d'un revers de main. Sous le prétexte de "problèmes techniques" liés à la mise à jour du fichier électoral et à la sécurisation du territoire, le pouvoir militaire a entériné un report sine die. Le mirage d'un retour au civil s'évapore, laissant place à une consolidation du pouvoir par la force et une réorientation stratégique radicale.

La sécurité, l'éternel alibi

Le narratif est bien huilé : "Pas d'élections sans sécurité". Pourtant, malgré la prise symbolique de Kidal en novembre 2023 par les FAMa (Forces Armées Maliennes) avec le soutien des instructeurs russes du groupe Wagner (désormais rebaptisé Africa Corps), la situation sécuritaire reste précaire. Les attaques jihadistes du JNIM et de l'EIGS se multiplient dans le Centre et le Sud. Pour la junte, ce chaos n'est pas un échec, mais une raison de rester au pouvoir : seul un "soldat patriote" serait capable de sauver la patrie en danger.

La fin de la politique traditionnelle

Le colonel Goïta ne s'est pas contenté de reporter les élections ; il a méthodiquement démantelé l'espace politique malien. La dissolution de l'association AEEM (élèves et étudiants) et la suspension des activités des partis politiques et des associations à caractère politique marquent un tournant autoritaire. Les figures de l'opposition, comme l'ancien Premier ministre Moussa Mara, sont réduites au silence ou contraintes à un équilibrisme périlleux. En parallèle, les réformes institutionnelles, dont la nouvelle Constitution promulguée en 2023, renforcent les pouvoirs d'un futur président civil... ou d'un militaire ayant troqué le treillis pour le boubou.

Le divorce avec l'Occident et la CEDEAO

L'annonce du retrait immédiat du Mali de la CEDEAO, en coordination avec le Burkina Faso et le Niger au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), a fini de brûler les ponts diplomatiques. En s'affranchissant des pressions régionales, Assimi Goïta s'offre une liberté totale d'agenda. Moscou remplace Paris, et les "valeurs de souveraineté" remplacent les "exigences démocratiques".

L’ombre d’une candidature Goïta

Le scénario qui se dessine est désormais limpide pour de nombreux observateurs : une transition qui s'étire jusqu'à ce que les conditions d'un "plébiscite" soient réunies. La question n'est plus de savoir quand les militaires rendront le pouvoir, mais comment ils comptent le légitimer à travers une élection sur mesure où Assimi Goïta serait le candidat naturel du "Sénégalais" (pardon, du Malien) nouveau. Au Mali, la démocratie n'est plus une priorité, elle est devenue une option secondaire face à l'impératif de survie d'un régime qui a fait du nationalisme son unique boussole.