Brice Oligui Nguema : Le "libérateur" face au spectre de la dynastie Bongo !

Huit mois après le coup d'éclat du 30 août 2023, l’euphorie des premiers jours laisse place à une observation chirurgicale. Le général Brice Clotaire Oligui Nguema, porté en triomphe pour avoir mis fin aux 56 ans de règne sans partage de la famille Bongo, marche désormais sur une ligne de crête. S’il a troqué le treillis de combat pour le costume de président de la Transition, l'ombre du passé ne cesse de planer sur le Palais du Bord de Mer. Le "libérateur" pourra-t-il réellement rompre les chaînes d'un système dont il fut lui-même un rouage essentiel ?

Le poids du sang et des réseaux

Le malaise est palpable dans les cercles politiques de Libreville : comment démanteler le "système Bongo" quand on en partage la lignée ? Cousin éloigné d'Ali Bongo Ondimba, ancien aide de camp du patriarche Omar Bongo, Oligui Nguema connaît chaque recoin du pouvoir gabonais. Si la mise à l'écart de la "Young Team" menée par Noureddin Bongo Valentin a été saluée, le maintien de nombreuses figures de l'ancien régime à des postes clés interroge sur la profondeur réelle de la rupture.

Entre justice et diplomatie familiale

La gestion de la famille déchue est un test de crédibilité majeur. Si Sylvia Bongo et son fils sont derrière les barreaux pour "haute trahison" et "malversations financières", le sort réservé à Ali Bongo, gardé en "résidence surveillée" pour raisons de santé, ressemble de plus en plus à une protection dorée. Le CTRI (Comité pour la transition et la restauration des institutions) refuse pour l'heure d'ouvrir la boîte de Pandore des complicités militaires qui ont permis à la dynastie de tenir si longtemps.

L’ambiguïté de la "Restauration"

Le slogan est clair : "Restaurer les institutions". Mais pour la société civile, menée par des figures comme Marc Ona Essangui, la peur est de voir une simple redistribution des cartes au sein d'une même caste. Les nominations massives de militaires au sein de l'administration territoriale et des entreprises publiques font craindre l'instauration d'une nouvelle oligarchie, cette fois-ci en uniforme.

Le défi de la légitimité populaire

Oligui Nguema jouit encore d'un capital de sympathie immense, boosté par des mesures sociales immédiates et des chantiers de voirie visibles. Mais le "libérateur" sait que le peuple gabonais est exigeant. En avril 2024, alors que le Dialogue National Inclusif bat son plein, la question n'est plus de savoir comment il a pris le pouvoir, mais s'il aura le courage de le rendre. Le général est face à son destin : devenir le Washington gabonais ou n'être qu'un Bongo de plus, le grade en plus.