Le système PASTEF à l'épreuve du pouvoir : Entre rupture promise et réalités budgétaires !

Six mois après l'onde de choc du 24 mars, le temps de l'euphorie s'efface devant la rigueur implacable des chiffres. Pour le duo Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, la "rupture" promise n'est plus un slogan de campagne, mais un exercice de haute voltige budgétaire. À Dakar, si les visages ont changé, les caisses de l’État, elles, ont gardé les stigmates de l'ère Macky Sall. Entre les engagements pour la souveraineté économique et les exigences des bailleurs de fonds, le « Projet » affronte son premier grand test de crédibilité.

Le mirage de la baisse des prix : La résistance du marché

Le 26 juin dernier, le gouvernement annonçait en grande pompe une baisse des prix sur des produits de première nécessité : le riz, l'huile, le sucre et le pain. Une injection de 53,4 milliards de FCFA de subventions a été mobilisée pour soulager le panier de la ménagère. Mais sur le terrain, à Sandaga ou à Tilène, le constat est amer.

Si le prix officiel du riz brisé non parfumé a été fixé à 410 FCFA le kilo, de nombreux détaillants traînent les pieds, invoquant des stocks achetés au prix fort. Les boulangers, menés par leurs syndicats, ont menacé de grève avant de céder sous la pression du ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Gueye Diop. Le PASTEF découvre que décréter la fin de la vie chère est une chose, mais que dompter les circuits de distribution en est une autre.

Nominations : Le retour du "Partage du gâteau" ?

C’était le cri de ralliement des patriotes : la fin du népotisme. Pourtant, les conseils des ministres successifs font grincer des dents. Les nominations de figures historiques du parti à des postes stratégiques alimentent les critiques. Si le secrétaire général du gouvernement, Ahmadou Al Aminou Lo, veille à la technicité des dossiers, l'ascension de cadres du PASTEF à la tête des directions générales fait dire à l'opposition que le "système" a simplement changé de couleur.

Souveraineté vs Réalité financière

Le Premier ministre Ousmane Sonko a décliné son plan de "souverainisation" de l'économie, misant sur les ressources domestiques à hauteur de 90 %. Mais la réalité budgétaire est têtue. Avec une inflation mondiale persistante et une dette dont les contours réels commencent à peine à être audités, la marge de manœuvre est étroite. Le gouvernement a dû mobiliser 364 milliards FCFA sur le marché domestique en 2024 pour boucler ses fins de mois, prouvant que l'indépendance financière vis-à-vis des marchés internationaux reste, pour l'heure, un objectif lointain.

La lune de miel est terminée

Le pays n’est plus en campagne. Les assises de la justice et les audits de l'administration lancés par le Président Diomaye Faye sont des signaux forts, mais ils ne remplissent pas les assiettes. Le peuple, qui a porté le PASTEF au pouvoir avec 54,28 % des voix, attend désormais que le "Projet" se traduise par des emplois pour les jeunes et une baisse réelle du coût de la vie.

Le système PASTEF est au pied du mur : il doit prouver qu'il peut gérer un État aussi bien qu'il a su mener une opposition. En septembre 2024, le Sénégal ne demande plus de discours, il exige des résultats.