Le scandale était trop gros pour rester enterré dans les sables mouvants de la bureaucratie kinoise. Nicolas Kazadi, l'ancien puissant ministre des Finances, celui qui se présentait comme le garant de l'orthodoxie budgétaire et l'interlocuteur privilégié du FMI, est aujourd'hui au cœur d'une affaire qui donne la nausée à des millions de Congolais privés d'accès à l'eau potable.
L'affaire, désormais connue sous le nom de "scandale des forages et des lampadaires", révèle un système de surfacturation si délirant qu'il en devient une insulte à l'intelligence nationale.
Le forage au prix d'un palace
Tout commence par un contrat signé entre le gouvernement et le consortium Stever Construct-Amitech. L'objectif : installer 1 000 stations de pompage d'eau et d'énergie solaire à travers le pays. Jusque-là, tout va bien. Sauf que le prix unitaire d'un seul forage a été fixé à près de 300 000 dollars.
À titre de comparaison, n'importe quel expert indépendant vous dira qu'un forage de ce type, même dans les zones les plus reculées, ne coûte pas plus de 20 000 à 30 000 dollars. Où est passée la différence ? Environ 80 millions de dollars auraient déjà été décaissés par le Trésor public sous la signature de Kazadi, pour des résultats qui se limitent souvent à des tuyaux rouillés et des chantiers abandonnés.
Les lampadaires de la discorde
Comme si cela ne suffisait pas, le volet "éclairage public" de l'escroquerie est tout aussi vertigineux. Des lampadaires solaires ont été facturés à près de 5 000 dollars l'unité, un prix cinq à dix fois supérieur aux standards du marché. Pendant que les quartiers de Kinshasa restent plongés dans l'obscurité et l'insécurité, quelques poches se sont remplies de millions de dollars de "commissions" prélevées sur le dos du contribuable.
La défense de l'arrogance
Confronté aux révélations de l'Inspection Générale des Finances (IGF), Nicolas Kazadi n'a pas cillé. Sa défense ? Il n'aurait fait qu'exécuter des contrats signés par ses prédécesseurs. Une ligne de défense qui ne tient pas la route face à la rapidité suspecte avec laquelle les paiements ont été libérés, court-circuitant parfois les procédures de contrôle les plus élémentaires.
[Graphique : Comparaison des prix du marché vs Prix facturés par le Ministère des Finances (2023-2024)]
La fin de l'impunité ?
Placé sous interdiction de quitter le territoire, puis entendu par le Parquet près la Cour de cassation, l'ancien "argentier national" est devenu le symbole d'une élite déconnectée des souffrances du peuple. Le scandale des forages n'est pas qu'un détournement de fonds ; c'est un crime contre le développement. Chaque dollar surfacturé est un litre d'eau en moins pour un enfant du Kasaï ou de l'Équateur.
Le président Tshisekedi, qui avait promis de faire de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, joue ici sa crédibilité. Si Kazadi bénéficie d'une "protection politique" pour services rendus, c'est tout l'édifice de la justice congolaise qui s'écroulera. Pour l'heure, les puits sont secs, mais la colère populaire, elle, déborde.