Liberté de la presse en Guinée : Le crash de Mamadi Doumbouya au classement RSF !

Le divorce est désormais sanglant entre le général Mamadi Doumbouya et ceux qui, au matin du 5 septembre 2021, l'avaient surnommé le "libérateur". En moins de quatre ans, la Guinée est passée de l’espoir d’une transition inclusive à un régime de fer où la parole libre est devenue un délit de haute trahison. Le dernier rapport de Reporters sans frontières (RSF) est sans appel : la Guinée enregistre l'une des chutes les plus brutales au classement mondial de la liberté de la presse, s'enfonçant dans la "zone rouge" du continent.

À Conakry, le signal des radios est brouillé, les sites d'information sont bloqués et les journalistes, hier alliés de la rupture, sont aujourd'hui les cibles prioritaires des services de renseignement.

Le démantèlement des médias "Gênants"

L'année 2024 a marqué un point de non-retour avec le retrait des licences et le démantèlement des émetteurs des groupes de presse les plus influents : Djoma Médias, Espace FM et FIM FM. Le motif invoqué par le ministre de l’Information et de la Communication, Fana Soumah, reste flou : "impératifs de sécurité nationale". Pour les patrons de presse, c'est une exécution politique. Le groupe Djoma, appartenant à des proches de l'ancien régime de Condé, a été la première cible, mais la répression s'est vite étendue à tous ceux qui osaient questionner le calendrier de la transition ou la gestion des fonds publics.

La traque des voix dissonantes

Le cas de Sékou Jamal Pendessa, secrétaire général du Syndicat des professionnels de la presse de Guinée (SPPG), est devenu le symbole de cette dérive. Emprisonné pour avoir appelé à manifester contre la censure, son procès a révélé l'instrumentalisation de la justice par le CNRD (Comité national du rassemblement pour le développement). Les journalistes ne craignent plus seulement les amendes, mais l'enlèvement pur et simple. Des figures comme Mohamed Mara ou Lamine Guirassy vivent sous une pression permanente, entre intimidations téléphoniques et filatures de la gendarmerie.

Le rideau de fer numérique

Doumbouya ne se contente pas de faire taire les radios. La Guinée expérimente désormais des coupures ciblées d'Internet et un filtrage massif des réseaux sociaux (Facebook, WhatsApp, TikTok) lors des périodes de tension politique. Pour contourner ce blocus, la jeunesse guinéenne se rue sur les VPN, mais le gouvernement a déjà annoncé son intention de criminaliser l'usage de certains outils de contournement. Ce contrôle de l'information vise un seul but : empêcher la coordination des manifestations de rue menées par les Forces Vives de Guinée (FVG).

Une communication de combat

En face, la Direction de l'Information et des Relations Publiques de la Présidence (DIRPA) a musclé ses moyens. Le Palais Mohammed V produit désormais sa propre information, diffusée en boucle sur la RTG, vantant les chantiers d'infrastructures et la "refondation" de l'État. C'est le retour de la pensée unique. Mamadi Doumbouya, qui avait promis que "la justice serait la boussole de la transition", semble avoir cassé l'aiguille. Pour RSF, la Guinée rejoint le club très fermé des prédateurs de la presse en Afrique de l'Ouest, aux côtés des juntes du Sahel. Le crash est total, et le redressement semble impossible tant que le général verra dans chaque micro une menace pour son pouvoir.