Alors que la majorité des Malgaches s’enfonce chaque jour un peu plus dans une pauvreté abyssale, une poignée de familles, souvent installées depuis plusieurs générations mais opérant dans l’ombre, semble avoir mis la Grande Île sous coupe réglée. On les appelle les « Karana ». Derrière ce terme se cache une réalité économique brutale : une mainmise quasi-totale sur les secteurs stratégiques du pays, du commerce de gros à l'immobilier, en passant par l'industrie et la finance.
Un État dans l’État : Les noms du monopole
Il suffit de regarder les enseignes qui saturent le paysage urbain d'Antananarivo pour comprendre l'ampleur du phénomène. Les groupes Galana, Filatex, Sipromad ou encore Vision Madagascar (Vima) ne sont pas seulement des entreprises ; ce sont des empires.
Des noms comme Ylias Akbaraly, Hassanein Hiridjee ou encore les familles Zital et Barday reviennent sans cesse. Si certains se présentent comme des capitaines d'industrie visionnaires et des philanthropes, la réalité de terrain est tout autre. À travers des jeux de participations croisées et des monopoles de fait, ces clans verrouillent l'accès au marché, empêchant l'émergence d'une véritable bourgeoisie d'affaires autochtone.
Le système du « Bakchich » et les liaisons dangereuses
Comment ces familles ont-elles pu traverser les régimes — de Ratsiraka à Rajoelina, en passant par Ravalomanana — sans jamais être inquiétées ? La réponse tient en deux mots : corruption systémique.
La « Karana Connection » excelle dans l'art de financer les campagnes électorales de tous les bords. En échange de valises de billets lors des périodes de transition, ces groupes obtiennent des exonérations fiscales révoltantes, des marchés publics de gré à gré et, surtout, une impunité judiciaire totale. Pendant que le petit commerçant malgache est harcelé par le fisc, les grands groupes bénéficient de « facilités » douanières qui coûtent des milliards d’ariary aux caisses de l’État.
Fuite de capitaux et blanchiment : Le pillage organisé
Le vrai visage de cette domination, c'est aussi celui de l'évasion fiscale. Une grande partie des bénéfices réalisés sur le sol malgache ne reste pas à Madagascar pour être réinvestie. Ils s'évaporent vers l'île Maurice, Dubaï ou la Suisse via des montages financiers opaques.
L'immobilier de luxe : Des quartiers entiers sont rachetés et transformés en zones exclusives où les loyers, indexés sur l'euro ou le dollar, sont inaccessibles aux nationaux.
Les importations massives : En contrôlant les circuits d'importation de produits de première nécessité (riz, huile, sucre), ces familles ont le pouvoir de créer des pénuries artificielles pour faire grimper les prix à leur guise.
Une bombe sociale à retardement
Ce monopole ne crée pas de richesse pour Madagascar ; il l’aspire. En tenant les rênes de la JIRAMA via les contrats de fourniture d'énergie ou en dominant le secteur des télécommunications et de la banque, ces familles tiennent le peuple malgache à la gorge.
L’indignation monte. Jusqu'à quand l'État malgache restera-t-il le complice silencieux de ce système ? Si le gouvernement ne prend pas des mesures radicales pour briser ces cartels et favoriser une économie inclusive, la fracture entre cette élite richissime et une population affamée finira par provoquer une explosion sociale que même leurs millions ne pourront pas contenir.