Alors qu'il s’apprête à s'envoler pour New York afin de porter la voix de Madagascar à la tribune des Nations Unies, Andry Rajoelina laisse derrière lui une capitale, Antananarivo, au bord de l'asphyxie. En ce mois de septembre 2025, l'homme qui a bâti sa légende sur la vitesse et la modernité semble prisonnier d'un moteur qui s'emballe dans le vide. Le "TGV" est-il en train de dérailler sur les rails de ses propres promesses ?
L'insulte du téléphérique face à l'agonie de la Jirama
La critique qui sature les ondes des radios libres et les réseaux sociaux en cette fin septembre est d'une violence inouïe. Comment un président peut-il inaugurer en grande pompe les premières cabines du téléphérique urbain alors que la compagnie nationale Jirama est en état de décomposition avancée ? Dans les quartiers populaires comme Isotry ou Andravoahangy, le délestage n'est plus un incident, c'est un régime de vie : 18 heures de noir par jour.
La provocation est ici frontale : Rajoelina est accusé d'être le « Président des jouets pour riches ». On le traite de « scénographe du vide », dénonçant un homme capable de dépenser des millions pour une vitrine technologique alors que ses concitoyens boivent une eau boueuse quand elle ne vient pas à manquer totalement.
Le « Velirano » : Un contrat social en lambeaux ?
Le dogme de l'émergence (IEM) se heurte au mur du quotidien. Si les "Miami" et les stades aux normes FIFA ont flatté l'orgueil national, ils sont aujourd'hui perçus comme des « totems de l'arrogance ». La critique politique ne vient plus seulement de l'opposition traditionnelle, mais d'une frange de ses propres soutiens qui voient dans l'inflation galopante (riz, charbon, huile) une trahison pure et simple.
En ce 22 septembre, la colère se cristallise sur le limogeage attendu de plusieurs ministres techniques. Mais pour l'opinion, sacrifier des fusibles ne suffira plus. La provocation s'intensifie : « Andry Rajoelina gouverne pour Instagram, pas pour Madagascar », lancent les activistes du mouvement citoyen.
Le spectre de l'isolement diplomatique
Malgré ses efforts pour apparaître comme le leader de la résilience climatique, Rajoelina est violemment critiqué sur la gestion de l'aide internationale. On l'accuse, dans les salons feutrés de la capitale, de transformer le pays en un « comptoir pour intérêts extérieurs » tout en verrouillant l'espace démocratique à l'approche des échéances de 2026.
La tension est palpable. En partant pour New York, Rajoelina joue sa crédibilité mondiale, mais à Antananarivo, le peuple n'attend plus des discours : il attend que le courant revienne.