Plus de deux ans après le "coup de liberté" du 30 août 2023, le général Brice Clotaire Oligui Nguema jouit toujours d'une popularité insolente dans les rues de Libreville. Mais à l'approche de la présidentielle prévue pour 2026, l'unanimisme de façade s'effrite. Celui qui a mis fin au règne cinquantenaire des Bongo est aujourd'hui accusé par une partie de l'opposition en exil d'être le « gardien du temple » d'un système qu'il prétendait abattre.
Le paradoxe du "Bongoïsme sans Bongo"
La critique la plus violente porte sur l'appareil d'État. Si la famille d'Ali Bongo a été écartée, les structures du pouvoir — et surtout les hommes qui les servaient — sont restées en place. Les détracteurs d'Oligui Nguema dénoncent un « recyclage à grande échelle » des cadres du Parti Démocratique Gabonais (PDG). Pour ses opposants les plus radicaux, le général n'est que la face militaire d'une oligarchie qui a simplement sacrifié sa tête pour sauver son corps. La provocation est ici frontale : Oligui est-il le libérateur du peuple ou le « liquidateur de la faillite familiale » ?
La dérive du culte de la personnalité
Depuis la fin de l'année 2024, la communication du CTRI (Comité pour la transition et la restauration des institutions) a basculé dans une mise en scène quasi messianique du "Président de la Transition". Les tournées républicaines aux allures de campagne électorale avant l'heure sont perçues comme une « insulte à la promesse de neutralité » des militaires. On l'attaque sur son goût pour le luxe et les apparats, l'accusant de succomber aux mêmes travers que ses prédécesseurs. Ses critiques les plus virulents le comparent déjà aux dictateurs d'Afrique centrale, le qualifiant de « préfet à poigne » plus soucieux de son image que de la refonte réelle des institutions.