Le verdict des marchés financiers est tombé, et il est glacial. Pour la première fois depuis l'alternance de 2024, les obligations souveraines du Sénégal — les fameux Eurobonds — ont dévissé sur les places de Londres et de New York. La raison de cette panique des investisseurs ? Ce n'est pas seulement le trou béant de la dette héritée, mais l'étalage public des fissures au sommet de l'État entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.
À Wall Street, on ne croit plus aux slogans ; on craint la paralysie d'un pays où le "capitaine" et son "second" ne semblent plus regarder la même boussole.
La prime de risque du "dualisme"
Pendant des mois, les investisseurs étrangers ont observé avec une curiosité prudente ce modèle de gouvernance inédit. Mais la récente passe d'armes sur la stratégie budgétaire 2026 a brisé la confiance. Tandis que Diomaye Faye, pressé par le FMI, prône une rigueur drastique pour rassurer les bailleurs, Ousmane Sonko continue de pousser pour des dépenses sociales massives et des subventions populaires, essentielles pour maintenir sa base électorale.
Résultat : le taux d'intérêt auquel le Sénégal peut emprunter s'est envolé. Chaque point de pourcentage supplémentaire représente des milliards de francs CFA qui iront dans les poches des créanciers plutôt que dans les écoles ou les hôpitaux de Casamance ou du Fouta.
Le spectre du défaut de paiement
Le mot que personne n'ose prononcer à haute voix commence à circuler dans les banques de la place dakaroise : défaut. Avec des recettes pétrolières et gazières qui tardent à atteindre les niveaux espérés et une croissance qui stagne, le Sénégal se retrouve dans un étau financier.
La dégradation de la note du pays par les agences de notation internationales fin 2025 n'a été que le coup de grâce. Pour les "marchés", le Sénégal est devenu un pays à haut risque. La lune de miel avec la finance internationale, qui avait pourtant bien commencé malgré le discours souverainiste, est officiellement enterrée.
[Graphique : Courbe de rendement des obligations sénégalaises 2024-2025 montrant le décrochage de novembre]
Sonko, l'épouvantail des investisseurs ?
Dans les rapports confidentiels des analystes financiers, le nom du Premier ministre revient sans cesse. Sa rhétorique contre "l'impérialisme financier" et ses menaces récurrentes de renégocier unilatéralement les contrats miniers sont perçues comme une instabilité chronique.
« Les investisseurs n'ont pas peur de la rupture, ils ont peur de l'imprévisibilité », confie un courtier basé à Abidjan. En jouant au "bon flic" (Diomaye) et au "mauvais flic" (Sonko), le duo exécutif a fini par créer un climat de confusion totale. Qui décide vraiment à Dakar ? La réponse à cette question vaut aujourd'hui des centaines de millions de dollars.
L'heure des choix douloureux
Le Sénégal est à la croisée des chemins. Pour stopper l'hémorragie financière, le président Faye va devoir arbitrer. Soit il impose sa ligne de réalisme économique, au risque de se couper de son Premier ministre et d'une partie de son parti, soit il laisse la dérive se poursuivre, au risque de conduire le pays vers une crise de la dette similaire à celle du Ghana ou de la Zambie.
La souveraineté ne se gagne pas avec des discours, elle se perd avec des dettes que l'on ne peut plus rembourser. En cette fin d'année 2025, le "Projet" du PASTEF affronte sa plus grande épreuve : survivre à la dure loi des chiffres.