Le gouvernement algérien vient de franchir un cap historique. Dans un contexte de tensions régionales exacerbées et de volatilité des marchés énergétiques, la loi de finances pour 2026, signée par le président Abdelmadjid Tebboune, entérine un budget colossal de plus de 17 000 milliards de dinars (DA). Ce chiffre vertigineux, le plus élevé de l'histoire du pays, révèle une stratégie à double détente : muscler la puissance militaire pour sanctuariser les frontières et injecter des sommes massives dans les transferts sociaux pour garantir la stabilité intérieure.
La défense : La forteresse Algérie
Pour la troisième année consécutive, le budget de la Défense nationale se maintient à des niveaux stratosphériques, dépassant les 22 milliards de dollars. L'Algérie consolide sa position de première puissance militaire d'Afrique en termes de dépenses. Ce réarmement massif, piloté par le chef d'état-major Saïd Chengriha, vise à moderniser l'arsenal (acquisition de systèmes de défense antiaérienne, drones et renouvellement de la flotte aérienne) face à l'instabilité au Sahel et aux tensions persistantes avec le voisin marocain.
Le prix de la paix sociale
Mais le véritable défi est interne. Le pouvoir a choisi de consacrer près de 30 % du budget aux transferts sociaux. Revalorisation des salaires de la fonction publique, augmentation des pensions de retraite et maintien des subventions sur les produits de large consommation (lait, céréales, huile, électricité). L'objectif est clair : amortir l'impact de l'inflation mondiale et éviter toute résurgence de la contestation populaire. L'allocation chômage, mesure phare du mandat de Tebboune, voit ses crédits reconduits pour soutenir une jeunesse frappée par un marché du travail atone.
L'ombre du déficit et la dépendance aux hydrocarbures
Si ces dépenses sont rendues possibles par les recettes confortables issues du gaz et du pétrole (portées par le géant Sonatrach), les économistes s'inquiètent de l'explosion du déficit budgétaire. Ce dernier devrait atteindre un niveau record, frôlant les 30 milliards de dollars. L'Algérie puise dans son Fonds de régulation des recettes (FRR) pour équilibrer les comptes, mais cette stratégie repose sur un pari risqué : que les cours du Sahara Blend ne descendent pas sous la barre des 80 dollars.
Une économie en quête de diversification
Malgré les discours sur la "Nouvelle Algérie" et la promotion des exportations hors hydrocarbures, le pays reste prisonnier de la rente. Les grands projets industriels et miniers, comme celui de fer de Gara Djebilet, tardent à porter leurs fruits en termes de recettes fiscales immédiates. En décembre 2025, l'Algérie ressemble à un géant aux pieds d'argile, protégé par une armée surpuissante et une paix sociale achetée à prix d'or, mais dont le moteur économique refuse toujours de démarrer sans le carburant fossile.