Vingt mois après son élection historique dès le premier tour, le président Bassirou Diomaye Faye cristallise les passions. Si le "PROJET" porté par le PASTEF continue de séduire une jeunesse sénégalaise assoiffée de dignité, le réveil est brutal pour les institutions. En décembre 2025, le Sénégal ne se demande plus si Diomaye est l’homme du changement, mais s’il est encore le véritable maître à bord face à l'ombre envahissante de son Premier ministre.
La rupture souverainiste : Audace ou saut dans le vide ?
L'opinion publique salue majoritairement sa posture de rupture face à la France et sa volonté de renégocier les contrats miniers et pétroliers. Pourtant, la critique est d’une violence rare dans les milieux économiques : on accuse le président de mener une "politique de l’aventure". En suspendant certains projets d'infrastructure pour audit, le régime a provoqué un ralentissement de l'investissement privé. Ses détracteurs n'hésitent plus à le qualifier de "président de la stagnation", dénonçant un amateurisme d'État caché derrière un discours patriotique.
Le péché de l'autorité : La dérive de la "moralisation"
C'est sur le terrain des libertés que la provocation est la plus directe. Sous couvert de "reddition des comptes" et de lutte contre la corruption, les vagues d'arrestations visant l'ancienne garde de Macky Sall sont perçues par une partie de l'opinion internationale comme une "purge politique". Les intellectuels libéraux attaquent violemment le président sur son silence face aux dérives verbales de ses partisans. On lui reproche d'avoir substitué un autoritarisme messianique à l'autoritarisme républicain de son prédécesseur.
Le fantôme de la double présidence
La critique la plus féroce touche à sa légitimité même. En laissant Ousmane Sonko occuper tout l'espace médiatique et politique, Bassirou Diomaye Faye est souvent provoqué par l'opposition comme étant un "président par procuration" ou un "inaugurateur de chrysanthèmes". Cette perception d'une présidence bicéphale affaiblit l'institution au moment où le Sénégal doit faire face aux pressions de la CEDEAO et aux enjeux de sécurité au Sahel.