Épiphane Zoro Bi Ballo : L'homme qui veut nettoyer les écuries d'Augias de la République !

Depuis sa nomination à la tête de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG) fin 2023, Épiphane Zoro Bi Ballo ne dort plus beaucoup. Cet ancien magistrat, connu pour avoir défié le régime d'Henri Konan Bédié en 1999 en délivrant un certificat de nationalité à Alassane Ouattara, est aujourd'hui celui qui doit juger les propres lieutenants du Président.

Son mandat est clair, mais titanesque : transformer la culture de la « commission » et du « bakchich » en une culture de redevabilité. Mais à Abidjan, on se demande si Zoro a les moyens de son ambition ou s'il n'est qu'un alibi démocratique destiné à rassurer les bailleurs de fonds internationaux.

Un bilan comptable qui fait trembler

Zoro Bi Ballo ne se contente plus de discours. Son bilan pour 2024-2025 affiche une agressivité inédite : plus de 10 400 déclarations de patrimoine enregistrées et, surtout, 35 dossiers brûlants transmis à la justice. Sur sa plateforme de dénonciation Signalis, 71 % des plaintes visent le secteur public.

Le message est passé : personne n’est à l’abri. Les récentes inculpations de 473 personnalités (voir notre article 13) portent sa marque. En lançant l'Académie de la Bonne Gouvernance, il veut former une nouvelle génération de leaders, mais c'est avec l'ancienne qu'il doit aujourd'hui ferrailler.

Les résistances du « Système »

Pourtant, le « justicier » se heurte à un mur. Si la HABG enquête, c’est le Pôle pénal économique et financier qui tranche. Et c’est là que le bât blesse. Malgré les preuves accumulées, les procès des "gros poissons" du RHDP tardent à s'ouvrir.

Dans les couloirs du pouvoir, Zoro Bi Ballo est perçu par certains comme un électron libre dangereux. « Il fait son travail, peut-être un peu trop bien », siffle un cadre du parti au pouvoir. On lui reproche de mettre en péril l'unité du camp présidentiel à l'approche de 2025. Sa marge de manœuvre est une ligne de crête étroite entre l'exigence de justice et la survie politique de son propre camp.

L’indépendance en question

Zoro Bi Ballo est-il vraiment libre ? Pour l'instant, il bénéficie du soutien public d'Alassane Ouattara, qui a besoin de lui pour redorer le blason de la Côte d'Ivoire après son placement sur la « liste grise » du blanchiment (voir notre article 15).

Mais la vraie épreuve de force viendra quand un ministre de premier rang ou un proche parent du Palais sera directement mis en cause. Ce jour-là, on saura si Zoro Bi Ballo est le véritable procureur de la République exemplaire ou s'il n'est que le gardien d'un temple dont il ne peut pas franchir le seuil sacré.

Le cri du magistrat

Lors de son récent passage à la conférence de l'UNCAC à Doha en décembre 2025, il a rappelé une vérité cinglante : « Quand l'intégrité habite la maison, la prospérité n'a plus peur de frapper à la porte ». Pour l'instant, en Côte d'Ivoire, l'intégrité frappe encore à la porte, mais les occupants semblent hésiter à lui ouvrir. Zoro Bi Ballo, lui, a déjà le doigt sur la sonnette.