Base Toliara : Chronique d'un bras de fer entre exploitation d'ilménite et colère populaire !

Dans le Sud-Ouest de Madagascar, le projet minier Base Toliara, piloté par la compagnie australienne Base Resources, est devenu le symbole de la fracture entre les ambitions industrielles de l'État et les droits des populations locales. Ce projet gigantesque, visant à extraire de l'ilménite, du rutile et du zircon sur une concession de plusieurs milliers d'hectares, est à l'arrêt forcé depuis novembre 2019 par décision gouvernementale. En juillet 2022, alors que les négociations pour une reprise s'intensifient en coulisses, la tension sur le terrain atteint son paroxysme.

L'enjeu ? Un investissement initial de plus de 600 millions de dollars face à la survie de tout un écosystème humain et environnemental.

Le spectre du désastre écologique

Les griefs des populations locales, regroupées au sein de collectifs comme le CRAAD-OI (Centre de Recherches et d’Appui pour les Alternatives de Développement - Océan Indien), sont nombreux. L'ilménite, un minerai utilisé pour produire du dioxyde de titane, nécessite une exploitation à ciel ouvert dévastatrice. Les habitants des communes de Ranobe et de Toliara craignent :

  • La pollution des nappes phréatiques : Dans une région déjà frappée par une sécheresse chronique (le Kere), le risque de contamination des eaux par des métaux lourds est une sentence de mort.

  • La destruction des tombeaux ancestraux : Pour les Vezo et les Masikoro, toucher aux sépultures des ancêtres est le crime le plus grave. Le tracé de la mine et de la route d'exportation menace directement des sites sacrés.

  • La disparition de la forêt de Ranobe : Un sanctuaire de biodiversité unique abritant des espèces de baobabs et de lémuriens déjà menacées.

Un marchandage fiscal sous haute tension

Le gouvernement malgache a suspendu le projet en exigeant que l'État reçoive une "part équitable" des retombées. Le bras de fer porte sur la redevance minière et les investissements sociaux. Alors que Base Resources promet la création de 2 500 emplois directs et indirects, les opposants rappellent que la plupart des postes qualifiés seront occupés par des expatriés, laissant aux locaux les travaux de force et les nuisances.

L'enquête révèle que les promesses d'indemnisation foncière ont été jugées dérisoires par les paysans, certains affirmant avoir été poussés à signer des documents qu'ils ne comprenaient pas.

La militarisation du débat

Le climat social à Toliara s'est dégradé au fil des mois. Des leaders de la contestation ont fait l'objet d'arrestations et de poursuites judiciaires, tandis que des manifestations ont été réprimées par les forces de l'ordre. La présence constante de la gendarmerie autour du site minier alimente le sentiment d'une "occupation" au profit d'intérêts étrangers. À Antananarivo, le lobby minier exerce une pression constante sur le ministère des Mines pour lever la suspension, arguant que le pays a désespérément besoin d'investissements directs étrangers (IDE).

Un test pour le Code Minier

En juillet 2022, l'affaire Base Toliara dépasse le simple conflit local. Elle pose la question de la souveraineté de Madagascar sur ses ressources. Le projet est devenu le cas d'école de la réforme attendue du Code Minier. Si le projet redémarre sans un consentement libre, préalable et éclairé des populations, il risque de devenir une zone de conflit permanent. Pour Toliara, l'ilménite est soit la promesse d'un décollage économique, soit le détonateur d'une crise sociale majeure dans un Sud déjà au bord de la rupture.