Saphir et Or : Le hold-up des siècles ou comment Dubaï et le Sri Lanka vident les coffres de la Grande Île !

Alors que les ministres se succèdent à la tribune pour promettre un « assainissement » du secteur extractif, les statistiques internationales viennent de jeter un pavé dans la mare de la "bonne gouvernance" malgache. Selon les rapports de 2025, près d'une tonne d'or par mois continue de quitter clandestinement le territoire. À cela s'ajoute l'hémorragie des pierres précieuses : le saphir malgache, l'un des plus beaux au monde, sature les marchés de Colombo (Sri Lanka) et de Bangkok, sans que l'État malgache n'en perçoive la moindre redevance sérieuse.

Derrière cette fuite organisée se cachent des réseaux de collecte d'une efficacité redoutable, souvent pilotés par des expatriés sri-lankais et thaïlandais, en étroite collaboration avec des barons locaux intouchables.

Le pont aérien de l'or vers Dubaï

Le trajet de l'or malgache est désormais un secret de polichinelle. Des lingots, souvent coulés de manière artisanale dans des arrière-boutiques de Tanjombato ou d'Antanimena, rejoignent l'aéroport d'Ivato ou des pistes clandestines dans l'Ouest. Destination finale : Dubaï.

Le récent scandale des 73,5 kg d'or saisis en Afrique du Sud (dont une société émiratie a osé se réclamer propriétaire) n'était que la partie émergée de l'iceberg. En 2025, des saisies régulières de 10 à 20 kg à Ivato montrent que les "petites mains" continuent de passer, tandis que les gros cargaisons s'évaporeraient via des jets privés ou des complicités au plus haut niveau de la sûreté aéroportuaire.

Saphir : L'illusion sri-lankaise

À Ilakaka ou Sakaraha, les mineurs vivent dans une misère noire, creusant des puits au péril de leur vie pour quelques ariary. Mais une fois la pierre extraite, elle entre dans un circuit d'une opacité totale. Plus de 90 % des saphirs vendus au Sri Lanka comme étant d'origine locale proviendraient en réalité de Madagascar.

Les acheteurs sri-lankais, installés en maîtres dans le Sud malgache, expédient les pierres brutes vers leurs raffineries à Ratnapura. Là-bas, elles subissent un traitement thermique qui masque leur origine réelle, permettant de les revendre à prix d'or sur le marché mondial comme des pierres "Ceylan". Un blanchiment minéral qui coûte des milliards à la Grande Île.

Des noms dans l'ombre du métal jaune

Si les autorités ciblent souvent les orpailleurs artisanaux, elles sont étrangement silencieuses sur les grands collecteurs. Les noms de certains opérateurs d'origine indopakistanaise ou chinoise, comme ceux liés à l'affaire de l'exploitation illicite de Vohilava (entreprise Gianna Mac Lai Sime), reviennent sans cesse dans les rapports de la société civile. On pointe également du doigt des complicités au sein même du Bureau du Cadastre Minier (BCMM), où l'octroi de permis se ferait parfois au plus offrant sous couvert de "formalisation".

L’hypocrisie de la suspension

Depuis 2020, l'exportation d'or a été officiellement suspendue pour "assainissement". Résultat ? L'exportation formelle est tombée à zéro, mais le trafic, lui, a explosé. En créant un vide juridique, l'État a simplement offert le monopole du secteur aux réseaux de contrebande.

Le ministre des Mines, Herindrainy Rakotomalala, a récemment reconnu l'ampleur du désastre. Mais entre les aveux d'impuissance et la volonté réelle de démanteler les réseaux liés aux familles régnantes de l'économie malgache, le fossé reste immense. Madagascar est ce pays absurde où l'on marche sur l'or tout en tendant la main aux bailleurs de fonds.